L’Étude
Les données proviennent de deux cohortes prospectives bien établies : la Nurses’ Health Study et la Health Professionals Follow-up Study. Les participants, majoritairement des professionnels de santé américains, ont été suivis sur plusieurs décennies.
Tous les deux à quatre ans, ils remplissaient des questionnaires détaillant :
- le type d’activité pratiqué (marche, course, renforcement, sports de raquette, etc.)
- la durée hebdomadaire approximative consacrée à chaque activité
- l’intensité estimée
Ces informations étaient ensuite converties en unités standardisées appelées MET-heures par semaine (MET = Metabolic Equivalent of Task), permettant de comparer des activités d’intensités différentes sur une base commune.
Les chercheurs ont ensuite analysé :
- le volume total d’activité hebdomadaire
- le nombre de types d’activités différents pratiqués
- la relation entre ces variables et la mortalité, toutes causes confondues ainsi que pour les causes spécifiques (cardiovasculaires, cancéreuses, respiratoires)
Les analyses statistiques ont été ajustées pour de nombreux facteurs susceptibles d’influencer les résultats : âge, tabagisme, indice de masse corporelle, alimentation, consommation d’alcool, antécédents médicaux et autres paramètres de mode de vie.
Cette méthodologie ne permet pas de prouver une causalité, mais elle renforce la solidité des associations observées.
Quantité et Diversité : Deux Dimensions Différentes
Les résultats confirment d’abord un point déjà largement établi : pratiquer une activité physique régulière est associé à une réduction du risque de mortalité.
Cependant, les chercheurs ont également observé que les participants déclarant le plus grand nombre de types d’activités différentes présentaient :
- 19 % de risque en moins de mortalité toutes causes confondues
- entre 13 % et 41 % de risque en moins de décès cardiovasculaires, cancéreux ou respiratoires
Ces associations restaient statistiquement significatives même après ajustement pour le volume total d’activité. À quantité comparable, la diversité semblait associée à un bénéfice supplémentaire.
Il s’agit d’une association statistique, et non d’une preuve que la variété “cause” directement une plus grande longévité.

Pourquoi la Diversité Pourrait Être Bénéfique
D’un point de vue physiologique, différentes activités sollicitent différents systèmes :
- La marche et la course mobilisent le système cardiovasculaire.
- Le renforcement musculaire agit sur la masse musculaire, la densité osseuse et la sensibilité à l’insuline.
- Les sports de raquette combinent coordination, réactivité et efforts intermittents.
- La montée d’escaliers stimule la puissance musculaire et la capacité anaérobie.
Alterner ces sollicitations pourrait favoriser des adaptations plus complètes : maintien de la masse musculaire avec l’âge, amélioration de la coordination neuromusculaire, meilleure capacité cardiorespiratoire et, potentiellement, une réduction du risque de blessures liées à la répétition d’un même geste.
Ces mécanismes restent en partie théoriques, mais ils sont cohérents avec les connaissances actuelles en physiologie de l’exercice.
Le Phénomène des Plateaux
Les courbes de résultats montrent également que pour chaque type d’activité, la réduction du risque tend à se stabiliser au-delà d’un certain volume.
Autrement dit, les bénéfices continuent d’exister, mais ils augmentent plus lentement à mesure que l’on accumule davantage d’heures dans une seule pratique.
Ce constat ne remet pas en question l’importance d’un volume minimal suffisant, mais il nuance l’idée qu’augmenter indéfiniment la durée d’une activité unique serait toujours plus protecteur.
À Quoi Cela Peut Ressembler Concrètement
Sans constituer une prescription officielle, un équilibre hebdomadaire cohérent avec les observations de l’étude pourrait intégrer différents types de sollicitations au cours de la semaine.
Par exemple :
- trois séances de marche d’environ 30 minutes
- deux séances de renforcement musculaire
- une activité ludique ou intermittente (tennis, paddle, randonnée…)
- monter les escaliers au quotidien
Ce type d’organisation permet de solliciter à la fois le système cardiovasculaire, la force musculaire, la coordination et la puissance, sans nécessairement augmenter le volume total d’entraînement.
Il ne s’agit pas d’un “programme optimal”, mais d’une illustration de ce que signifie diversifier les stimulations.
Pourquoi le Profil des Participants Compte
Un élément important à considérer est la nature de la population étudiée.
Les cohortes incluent principalement des infirmières, médecins et autres professionnels de santé américains. Ce sont, en moyenne :
- des individus ayant un niveau d’éducation élevé
- un accès facilité aux soins
- une meilleure connaissance des recommandations de santé
- des revenus généralement supérieurs à la moyenne nationale
Cela peut influencer plusieurs aspects.
D’une part, ces participants peuvent être plus attentifs à leurs habitudes de vie et plus réguliers dans leur suivi médical. D’autre part, leur mode de vie globalement plus favorable pourrait amplifier les associations observées.
Il est aussi important de garder à l’esprit que l’activité physique a été auto-déclarée par les participants. Même si les questionnaires utilisés dans ces cohortes ont été validés, ce type de mesure peut introduire des imprécisions liées au souvenir, à l’estimation de l’intensité ou à une légère surestimation des pratiques.
Ces éléments ne invalident pas les résultats, mais ils invitent à la prudence quant à leur généralisation à l’ensemble de la population.
Une Lecture Plus Nuancée du “Toujours Plus”
Cette étude ne suggère pas que le volume d’activité n’a pas d’importance : il reste fondamental.
Elle indique cependant que la variété pourrait constituer une dimension complémentaire, et non secondaire.
Le corps ne semble pas seulement répondre à la quantité de mouvement, mais aussi à la diversité des sollicitations.
Intégrer différents types d’activité au cours de la semaine pourrait représenter une stratégie plus globale, sans nécessairement augmenter le temps total consacré au sport.
La diversité ne remplace pas le mouvement : elle en enrichit la pratique.
En Résumé
Cette étude publiée dans BMJ Medicine, menée sur plus de 111 000 professionnels de santé américains suivis pendant plus de trente ans, confirme que le volume total d’activité physique est associé à une réduction du risque de mortalité.
Elle suggère également qu’un second facteur pourrait entrer en jeu : la diversité des pratiques. Les participants déclarant pratiquer plusieurs types d’activités différentes présentaient un risque de mortalité plus faible, même après ajustement pour la quantité totale d’exercice.
Les analyses montrent par ailleurs que, pour chaque activité, les bénéfices tendent à atteindre un plateau au-delà d’un certain volume, ce qui nuance l’idée qu’augmenter indéfiniment la durée d’une seule pratique serait toujours plus protecteur.
Il s’agit d’associations issues de données observationnelles auto-déclarées, dans une population spécifique de professionnels de santé, ce qui invite à la prudence quant à la généralisation des résultats.
Ces données n’opposent pas quantité et variété. Elles suggèrent plutôt que la diversité pourrait constituer une dimension complémentaire du mouvement, aux côtés du volume et de l’intensité, dans une approche globale de la santé à long terme.
Sources
Han H, Hu J, Lee DH, Zhang Y, Giovannucci E, Stampfer MJ, Hu FB, Hu Y, Sun Q.
Physical activity types, variety, and mortality: results from two prospective cohort studies.
BMJ Medicine. 2026;5(1). doi:10.1136/bmjmed-2025-001513.